Apprendre une langue Ă©trangĂšre Ă haut niveau, la traduire/interprĂ©ter et lâenseigner sont des choses tout Ă fait diffĂ©rentes.
Nous sommes beaucoup Ă penser pouvoir devenir professeur dâune langue parce que nous en sommes natifs ou bien parce que nous croyons la « maĂźtriser » ou encore la « parler couramment ». Il sâagit bien souvent dâun biais cognitif, ou dâune stratĂ©gie commerciale de certains qui cherchent Ă vendre un produit destinĂ© Ă engranger un maximum de profit (sur les rĂ©seaux sociaux), mais qui se base la plupart du temps sur du vide intersidĂ©ral ou une inexpĂ©rience totale.
Tout comme dĂ©crit prĂ©cĂ©demment, jâĂ©tudie les langues du monde depuis 15 ans, et les enseigne depuis 6 ans, aprĂšs avoir Ă©tĂ© interprĂšte-traducteur pendant 5 ans. Cette expĂ©rience est rĂ©elle et concrĂšte ; il ne sâagit pas de gonfler les chiffres pour appĂąter davantage de clients comme il est monnaie courante sur les rĂ©seaux et le monde des affaires. Plus dâinformations dans cet article :
https://nicodicoblog.net/2026/07/19/apres-avoir-etudie-50-langues-du-monde/
En 2020, quand jâai dĂ©cidĂ© de devenir professeur de langues, malgrĂ© mon expĂ©rience Ă©vidente dans lâapprentissage des langues du monde, je possĂ©dais encore nĂ©anmoins quelques rĂ©ticences quant Ă cette reconversion professionnelle ; car nâimporte qui peut devenir professeur, mais tout le monde ne devient guĂšre « bon professeur », ni ne sait comment enseigner une langue, maternelle ou non.
JâespĂšre ainsi que cet article pourra aider les futurs professeurs de langues Ă©trangĂšres ou maternelles Ă dĂ©velopper une certaine dĂ©ontologie, Ă©viter les piĂšges commerciaux tendus çà et lĂ de lâInternet afin de devenir un professeur qui a confiance en soi et aide rĂ©ellement ses Ă©lĂšves tout en sâamĂ©liorant lui-mĂȘme constamment.
AprĂšs avoir Ă©tudiĂ© 50 langues du monde, jâen parle une vingtaine, parmi lesquelles jâen ai sĂ©lectionnĂ© quelques-unes que je souhaite enseigner et promouvoir pour des raisons tout Ă fait personnelles : le français, lâanglais, le japonais, le corĂ©en, le chinois, le thaĂŻ, le turc, lâindonĂ©sien, le vietnamien (et le khmer dans le futur). En voici les raisons :
Une mĂ©thode unique basĂ©e sur lâexpĂ©rience et la recherche en tout domaine
Tout comme je lâai dâores et dĂ©jĂ expliquĂ© dans un article prĂ©cĂ©dent, ma mĂ©thode pour apprendre et enseigner les langues du monde est complĂštement unique et diamĂ©tralement opposĂ©e aux mĂ©thodes classiques dites « acadĂ©miques » de lâenseignement mondial. Je me base sur la pratique des quatre compĂ©tences en contexte, lâĂ©coute de la musique, la conversation avec des natifs, la rĂ©pĂ©tition frĂ©quente et espacĂ©e, mes recherches en Ă©ducation et neuroscience, et surtout nâutilise aucun cahier en cours, une mĂ©thode du passĂ© (qui nâa en lâoccurrence jamais fonctionnĂ©).
Plus dâinformation dans cet article :
https://nicodicoblog.net/2021/01/19/comment-apprendre-une-langue/
Enseigner le français
Le français Ă©tant ma langue maternelle, jâaurais pu me dire quâil aurait Ă©tĂ© « facile » de lâenseigner car je suis aprĂšs tout « natif ». En 2010, lorsque jâai commencĂ© Ă utiliser le site (feu) Lang-8 afin dâamĂ©liorer mon japonais et anglais Ă lâĂ©crit, il mâa fallu corriger des articles en français Ă©crits par des apprenants Ă©trangers. Câest Ă ce moment-lĂ que jâai pris conscience de mes propres lacunes, faiblesses et ignorances en ma langue maternelle et ai dĂ» les combler peu Ă peu en corrigeant au total plus de 30 000 articles Ă©crits en français. Je me suis alors senti tout Ă fait impuissant et en grande dĂ©ficience de connaissances concernant ladite langue maternelle. Souhaitant couvrir ce manque, jâai soudain commencĂ© Ă cultiver davantage ma langue maternelle, Ă lire les classiques en français, rĂ©aliser des recherches de mots du prĂ©sent et passĂ©, lire les dictionnaires comme CNTRL ou le LittrĂ©, rĂ©coltant de la sorte tout le vocabulaire natif que jâignorais. Au fil des annĂ©es, jâai rĂ©ellement « appris » la langue française afin de la « maĂźtriser » Ă lâĂ©crit et Ă lâoral, et de pouvoir prendre conscience de ses avantages et dĂ©fauts, privilĂšges et incommoditĂ©s dâun point de vue natif, et non-natif via les questions dâautres apprenants Ă©trangers.
En prenant rĂ©ellement conscience de sa langue maternelle et lâapprenant comme un Ă©tudiant Ă©tranger, on peut alors vraiment se rendre compte de sa position au sein des autres langues du monde et lâenseigner en connaissance de cause.
De 2010 Ă 2020, jâai ainsi enseignĂ© le français de maniĂšre informelle, et depuis 2023, lâenseigne de maniĂšre officielle Ă tout apprenant Ă©tranger souhaitant lâapprendre.
Enseigner lâanglais
MalgrĂ© un dĂ©part extrĂȘmement ardu et cahoteux en 2010, jâapprends lâanglais depuis plus de 16 ans dĂ©sormais et lâenseigne depuis 2025. En tant que « langue du monde », il existe de trĂšs nombreux accents anglais, et choisir celui que lâon veut apprendre reprĂ©sente toujours un dĂ©fi pour les apprenants, mais mon choix sâest portĂ© sur lâaccent britannique.
De 2010 Ă 2020, jâai toujours ressenti une frustration extrĂȘme envers lâanglais ; car je lâai appris « trĂšs tard », et ma professeure particuliĂšre dâanglais prĂ©fĂ©rĂ©e ne pouvait plus me donner cours au bout d’un moment, ce que jâai ressenti comme une sĂ©paration abrupte dâavec cette langue et m’a empĂȘchĂ© d’acquĂ©rir un accent natif lorsque j’Ă©tais trĂšs jeune.
Tout au long de ce parcours, on mâa aussi toujours fait ressentir la « gĂȘne » dâavoir un accent français quand je parlais anglais, certains natifs arborant parfois un sourire narquois disant tacitement « je sais que tu es francophone vu ton accent », ce qui mâa fortement frustrĂ© et traumatisĂ© de lâanglais. Les francophones entre eux sont par surcroĂźt des experts du traumatisme en langue anglaise, agissant tels de vĂ©ritables requins pour des raisons tout Ă fait infondĂ©es, une attitude qui semble trahir en eux une profonde peur personnelle de lâerreur et un manque de courage inhĂ©rent Ă parler une langue autre que le français.
En 2020, grĂące aux questions de ma communautĂ© NicoDico, jâai commencĂ© Ă effectuer des recherches sur les langues et lâhistoire du monde ; la langue des recherches Ă©tant lâanglais, jâai dĂ» lire des milliers dâarticles et centaines de livres de recherche tout en anglais. Mon anglais a bondi fortement vers lâavant et dĂ©sormais jâavais confiance en cette langue ; mais jâai tout de mĂȘme pratiquĂ© le shadowing (rĂ©pĂ©tition consĂ©cutive) durant de nombreuses heures avec des livres audios afin dâamĂ©liorer mon accent drastiquement.
De 2010 Ă 2020, jâai ainsi Ă©tĂ© frustrĂ© de lâanglais, jusquâĂ la prise de conscience en 2020, oĂč jâai commencĂ© Ă aider mes amis Ă©trangers de maniĂšre informelle, et lâenseignement professionnel de la langue depuis 2025. En tant que francophone, jâessaie dâĂȘtre le plus indulgent possible en enseignant cette langue car beaucoup dâĂ©lĂšves arrivent dĂ©jĂ frustrĂ©s par la langue en cours !
Lâanglais Ă©tant cependant une langue indo-europĂ©enne point trop Ă©loignĂ©e du français, il nâest pas trop difficile de lâenseigner.
Enseigner le japonais
Tout comme dĂ©taillĂ©, dans cet article, jâapprends le japonais depuis 2010, et mon parcours dâapprentissage de cette langue ainsi que professionnel a Ă©tĂ© parfait puisque tout sâest organisĂ© sans heurt sans accro. Un vĂ©ritable miracle (qui ne sâest jamais reproduit par la suite) !
NĂ©anmoins, prĂ©tendre « enseigner » le japonais, ce nâest pas enseigner lâanglais ou le français ; le japonais est une langue transeurasienne Ă structure SOV possĂ©dant une Ă©criture native difficile, et le parler couramment demande dĂ©jĂ des efforts soutenus sur le long terme. Quid de prĂ©tendre lâenseigner ? Est-ce de la pure folie ou cela fait-il partie de cette arrogance europĂ©enne omnisciente emplie dâidĂ©es commerciales de bas Ă©tages ?
Lorsque jâai commencĂ© Ă enseigner le japonais en 2020, aprĂšs dix ans dâapprentissage, je me suis directement confrontĂ© Ă un mur : tous les apprenants apprennent le japonais de maniĂšre trĂšs diffĂ©rente, Ă un rythme qui leur est propre, et la plupart apprend ainsi trĂšs lentement cette langue en se confrontant Ă de nombreux Ă©cueils et maintes frustrations (que personnellement je nâavais (par miracle !) pas ressentis lors de mon apprentissage). Jâai par consĂ©quent sĂ»rement commis de nombreuses erreurs dans mes dĂ©buts dâenseignement du japonais, car je tentais dâappliquer mon rythme dâapprentissage aux Ă©lĂšves qui sont pourtant tous si diffĂ©rents et demandent un soin personnalisĂ©.
Mon enseignement du japonais est dĂ©sormais ultra personnalisĂ© pour chaque Ă©lĂšve, avec une grande attention aux dĂ©butants qui ont tendance Ă vite abandonner, tandis que les intermĂ©diaires ou avancĂ©s peuvent ĂȘtre guidĂ©s plus aisĂ©ment jusquâau progrĂšs en toute compĂ©tence, nĂ©anmoins Ă lâaide de ressources adaptĂ©es Ă leurs besoins.
Enseigner une langue aussi diamĂ©tralement diffĂ©rente du français que le japonais nâest point aisĂ© et demande une profonde connaissance de langue ainsi que de la culture du pays. Contrairement Ă ce que lâon peut observer sur les rĂ©seaux sociaux, nâimporte qui ne devient pas professeur de japonais parce quâil aurait Ă©tudiĂ© la langue quelques annĂ©es et surfe sur une vague de mode japonisante, portant en lui quelque intention cachĂ©e (ou non !) de sâenrichir de la sorte.
Enseigner le chinois & le coréen
Ă lâinstar du japonais, jâai dĂ©butĂ© de zĂ©ro ces deux langues en 2013, Ă©pris dâune foucade de curiositĂ©. Mon apprentissage sâest Ă©branlĂ© de maniĂšre extrĂȘmement laborieuse et lente au dĂ©but car je suis tombĂ© en maints guet-apens ainsi que dĂ©taillĂ© dans cet article :
https://nicodicoblog.net/2026/07/19/apres-avoir-etudie-50-langues-du-monde/
Jâai commencĂ© Ă enseigner ces deux langues en 2020, aprĂšs 7 ans dâapprentissage continu : tout comme le japonais, je suis sĂ»rement tombĂ© dans les orniĂšres Ă©videntes de lâenseignement dâune langue Ă©trangĂšre.
Je sais dĂ©sormais que les apprenants de ces deux langues requiĂšrent un soin tout particulier, et quâil faut procĂ©der mĂ©thodiquement afin de ne pas brusquer la machine de lâapprenant, rĂ©pĂ©ter trĂšs souvent la mĂȘme chose, et ne pas hĂ©siter Ă revoir souvent les bases, mots, textes ou phrases dĂ©jĂ Ă©tudiĂ©s.
Enseigner le chinois et le corĂ©en ce nâest pas enseigner le français ou lâanglais : il faut ĂȘtre extrĂȘmement aguerri dans la langue avant dâoser sâaventurer en cette voie pĂ©rilleuse.
Le chinois est une langue SVO (parfois SOV (reflet de son passĂ©)) dont la grammaire sâavĂšre plutĂŽt simple, mais les tons et lâĂ©criture native sont assez complexes et le phrasĂ© des sinophones ne ressemble en rien aux formulations des langues indo-europĂ©ennes. Quant au corĂ©en, mĂȘme si lâĂ©criture native paraĂźt simple aux premiers abords, il sâagit dâune langue Ă structure SOV complexe qui demande une assiduitĂ© certaine sur le long terme si lâon souhaite rĂ©ellement la « maĂźtriser » et comprendre en profondeur.
Que lâon apprenne ou enseigne lâune de ces langues, il ne faut pas prendre cela Ă la lĂ©gĂšre mais tout est possible si lâon apprend par le biais dâune bonne mĂ©thode et sâimmerge quotidiennement dans la langue.Â
Enseigner le thaĂŻ
Surfant sur mes recherches dĂ©butĂ©es en 2020, jâai alors commencĂ© Ă mâintĂ©resser au thaĂŻ par curiositĂ© et je me suis immergĂ© dans la langue en eau trĂšs profonde du jour au lendemain. Je pensais alors que parler chinois, japonais et corĂ©en Ă©tait le summum de lâapprentissage des langues, mais mon cerveau sâĂ©tait roidi et avait perdu quelque peu de sa souplesse et de son discernement.
Il mâa ainsi fallu prĂšs de 6 mois pour parvenir Ă lire couramment lâĂ©criture native du thaĂŻ, mais aussi dĂ©biaiser ma connaissance des tons influencĂ©e par le chinois afin dâapprendre les tons du thaĂŻ qui ne ressemblent en rien les autres langues tonales. Tout cela est dĂ©taillĂ© dans l’article suivant :
https://nicodicoblog.net/2021/05/20/comment-apprendre-une-langue-le-cas-du-thai/
Le premier Ă©cueil de la langue thaĂŻ est certainement dâapprendre ou enseigner lâĂ©criture native (dĂ©rivĂ©e du sanscrit) dont les voyelles se placent Ă droite, gauche, en bas et Ă droite des (trĂšs nombreuses) consonnes, couronnĂ©es aussi parfois de marques tonales. Vient ensuite lâapprentissage de la grammaire, les tons et le phrasĂ© thaĂŻ qui nâest point si diffĂ©rent de lâanglais ou du français pour les phrases simples, mais qui diffĂšre grandement pour les phrases complexes. Chose Ă©tonnante en thaĂŻ, la ponctuation est souvent inexistante, ce qui complexifie davantage lâapprentissage de la langue pour les dĂ©butants et les effraie parfois.
Depuis 2025, aprĂšs mâĂȘtre formĂ© professionnellement auprĂšs de professeurs thaĂŻs natifs, appris la langue pendant 5 ans via ma mĂ©thode spĂ©ciale, pratiquĂ© le shadowing pendant des mois pour amĂ©liorer en profondeur mon accent, jâai commencĂ© Ă enseigner cette langue de cĆur. Aguerri par mon expĂ©rience du chinois, japonais et corĂ©en, jâai de suite proposĂ© des cours en douceur pour apprendre la langue en contexte mais progressivement.
Quiconque souhaite enseigner le thaĂŻ ne devrait pas prendre cela Ă la lĂ©gĂšre, car, quoique communiquer en thaĂŻ basique (et donc lâenseigner) ne reprĂ©sente pas un obstacle en soi, les tons du thaĂŻ sont ambigus et difficiles Ă cerner et les phrases complexes fort diffĂ©rentes de lâanglais ou du français.
Heureusement, comme pour toute autre langue, pratique et habitude viennent Ă bout de tout !
Enseigner le turc
Tout comme le thaĂŻ, le turc mâa dessillĂ© les yeux sur la rĂ©alitĂ© du monde : ce nâest pas parce que lâon connaĂźt une langue tonale que lâon parlera bien toutes les langues tonales ; et dans le cas du turc, parler toutes les autres langues transeurasiennes (mongol, japonais, corĂ©en) ne signifie pas que lâon va apprendre le turc en un battement dâaile.
Le turc câest un imbroglio infini de complexitĂ©, beaucoup plus intriquĂ© que le japonais et le corĂ©en (du moins Ă mon avis), car il faut rajouter des facteurs typiques des langues transeurasiennes que le japonais et le corĂ©en ne possĂšdent pas ou plus (conjugaison complexe, pluriels, possessions, formulation typique, etc). En 2022, quand jâai commencĂ© Ă apprendre le turc, je ne comprenais rien et nâai su rien dire pendant un bon moment ; car mĂȘme pour former la plus simple phrase, il me fallait penser Ă des dizaines de paramĂštres auxquels je nâavais jamais rĂ©flĂ©chi.
En 2005, je me suis rendu en Turquie avec ma famille dans les rĂ©gions de tourisme de masse que les touristes europĂ©ens adorent et en avais gardĂ© de bons souvenirs dâenfance ; mais en 2024, Ă©pris dâun dĂ©sir soudain de dĂ©couvrir la Turquie dans la langue nationale et en touriste local beaucoup plus respectueux, je suis allĂ© visiter les grandes villes du pays que je nâavais encore jamais vues (Istanbul, Ankara, Konya, Sivas) ; et lĂ , dĂšs le premier jour, surprise totale : les Turcs croyaient que jâĂ©tais turc ! DĂšs le premier jour Ă Istanbul, on ne mâa parlĂ© quâen turc, on mâa demandĂ© si jâavais de la famille en Turquie, pourquoi je parlais turc comme un Turc, on sâĂ©nervait si je ne rĂ©pondais pas assez vite comme un Turc, on mâa demandĂ© plusieurs fois le chemin du mĂ©tro ou de la gare etc. Je me suis alors posĂ© une question existentielle : et si dans une autre vie jâavais Ă©tĂ© turc ? Jâen suis dĂ©sormais convaincu (quoique de maniĂšre tout Ă fait ascientifique et spirituelle), et je redĂ©couvre la langue de mes ancĂȘtres eurasiatiques lorsque ceux-ci parlaient le turc archaĂŻque (gök tĂŒrk) et vivaient une vie nomade dans les plaines de lâEurasie.
Mais quid dâenseigner le turc, une langue SOV transeurasienne extrĂȘmement complexe ? AprĂšs avoir lu des milliers dâarticles en turc, des centaines de textes, des dizaines de livres de littĂ©rature, voyagĂ© dans le pays, pratiquĂ© le shadowing et mâĂȘtre formĂ© auprĂšs de professeurs du turc professionnels, jâai dĂ©cidĂ© dâenseigner cette langue de cĆur.
On ne peut pas enseigner ce que lâon dĂ©couvre ou nâa guĂšre compris Ă fond, donc commencer Ă enseigner le turc mâa demandĂ© un entraĂźnement intensif et une prĂ©paration rigoureuse. Pour avoir moi-mĂȘme surmontĂ© au fil des ans les myriades de difficultĂ©s du turc afin de me former Ă lâenseigner, je sais quâil faut procĂ©der Ă©tape par Ă©tape avec les Ă©lĂšves, au risque de voir leur cerveau imploser tant la charge mentale est lourde au dĂ©part.
Le turc est-il lâune des langues transeurasiennes les plus difficiles ? Oui, mais avec le temps et la pratique, on en vient Ă bout et le cerveau sâhabitue. Au fur et Ă mesure de sa pratique, la difficultĂ© se transmute en facilitĂ©, pour le plus grand bonheur des apprenants et enseignants.
Enseigner lâindonĂ©sien
En Ă©tĂ© 2022, jâerrais sur lâapplication HiLokal, quand jâai soudain dĂ©cidĂ© dâentrer dans un salon vocal indonĂ©sien-japonais, car beaucoup dâIndonĂ©siens adorent la culture japonaise contemporaine. Quelle ne fut pas ma surprise dâĂȘtre fort bien accueilli et que les IndonĂ©siens mâenseignassent quelques bases de leur langue ! Cette langue que je nâavais pas du tout prĂ©vu dâapprendre mâa parlĂ© directement ; elle mâest apparue comme un vĂ©ritable coup de cĆur de lâĂ©tĂ© 2022. Tout mâa plu : de la bonne humeur et bienveillance des IndonĂ©siens, leur simplicitĂ© et amabilitĂ©, la nourriture locale, le pays si beau (menacĂ© prĂ©sentement par le tourisme de masse !) et la langue accessible Ă tout type dâapprenant. Je me suis plongĂ© sans hĂ©sitation dans lâapprentissage de lâindonĂ©sien.
Mais attention chers lecteurs : lâindonĂ©sien est un piĂšge ! La langue indonĂ©sienne sâavĂšre en effet plutĂŽt simple Ă apprendre, Ă prononcer et lâon passe trĂšs vite au stade intermĂ©diaire permettant la communication avec les natifs. Mais oĂč se trouve donc le piĂšge ? Il sâagit de la langue elle-mĂȘme ! Celle-ci qui renferme des dizaines de synonymes pour un mĂȘme concept, la plupart tous couramment utilisĂ©s pour dire la mĂȘme chose, sans parler des suffixes et prĂ©fixes de passif, actif ou de registre soutenu ou familier de langue. Imaginons ainsi un apprenant de lâindonĂ©sien se baissant pour glaner quelque vocable dans un texte, qui devient euphorique de pouvoir comprendre la langue si promptement ; mais soudain sa corbeille Ă mots se remplit au trop-plein tant bien quâil ne sait plus que faire des 10 synonymes de « non » ou encore 4 synonymes de « vouloir » auxquels se sont mĂȘlĂ©s des suffixes et autres prĂ©fixesâŠCet apprenant a chu dans le puits sans fond de la langue indonĂ©sienneâŠ
Apprendre et enseigner lâindonĂ©sien semble ainsi fort aisĂ© aux premiers abords, mais lorsque lâon creuse les arcanes de la langue, le mĂ©lange complexe de cultures et mots arabe, austronĂ©sien et indo-europĂ©en quâest lâindonĂ©sien appelle vite Ă une persĂ©vĂ©rance accrue sur le long terme.
Le grand avantage pour les apprenants (et professeurs les aidant) sera que le niveau communication peut sâatteindre relativement vite et que lâon ressent rapidement la satisfaction de pouvoir progresser.
Enseigner le vietnamien
Depuis 2022, jâapprends le vietnamien, et ce dĂ©but fut extrĂȘmement ardu : câest bien simple, je ne comprenais rien du tout et ne savais rien dire pendant des mois. Le vietnamien Ă©tait tellement difficile Ă assimiler pour mon cerveau que je ne parvenais mĂȘme pas Ă comprendre ni rĂ©pondre Ă des phrases de base. Cette langue est qui plus est tellement excentrique parmi toutes les autres langues tonales dâAsie que nulle autre ne peut vraiment aider le cerveau non-natif Ă sây habituer de suite, mĂȘme le chinois qui partage pourtant des milliers de vocables en commun. Â
Apprendre Ă parler et comprendre le vietnamien mâa semblĂ© au dĂ©but un rĂ©el calvaire et pourtant je nâai jamais abandonnĂ© ni lĂąchĂ© prise. En octobre 2022, aprĂšs dix mois dâapprentissage journalier du vietnamien, je me suis rendu pour la premiĂšre fois au Vietnam oĂč jây ai passĂ© trois semaines Ă dĂ©couvrir le pays dans la langue locale. Je me souviens parfaitement ce moment de dĂ©blocage mental tant recherchĂ© : le dernier jour de mon sĂ©jour au Vietnam (juste avant de mâenvoler pour le Cambodge), dans la ville dâHo Chi Minh, pour la premiĂšre fois, jâai pu avoir une vraie conversation avec un natif dans un restaurant.
Un autre problĂšme du vietnamien est celui de lâaccent : quel accent va-t-on apprendre ? Nord ou sud ? Ne faisant personnellement guĂšre de choix binaire et apprenant les langues du monde de maniĂšre holistique et complĂšte, jâai choisi dâapprendre tous les accents du vietnamien. Quelle chance : mon tout premier professeur de vietnamien est nĂ© Ă HanoĂŻ (dans le nord) et vit entre Da Lat et Da Nang (dans le sud) ; il maĂźtrise donc les deux accents et me les a enseignĂ©s, ce qui semble un rĂ©el coup du destin (auquel je crois !). Jâai Ă©galement tĂąchĂ© aprĂšs mon sĂ©jour au Vietnam de trouver des amis du nord et du sud afin de comprendre les gens Ă travers le pays tout entier.
Lors de mon sĂ©jour, si je nâavais en effet connu quâun seul accent (Ă lâinstar de la plupart des apprenants), jâaurais Ă©tĂ© fortement dĂ©bilisĂ©, ne pouvant pas comprendre une bonne partie des gens locaux.
Câest pourquoi dĂ©sormais jâenseigne lâaccent du nord, le plus « standard » mais donne toujours les clefs pour comprendre celui du sud. Tout apprenant connaissant un accent vietnamien mais possĂ©dant les connaissances passives de lâautre accent pourra communiquer dans le pays entier.
Ă prĂ©sent, en 2026, 5 ans aprĂšs mes dĂ©buts, jâai pratiquĂ© le vietnamien du sud et nord chaque jour, ai recouru au shadowing intensif pour travailler intensĂ©ment mon accent, me suis formĂ© pendant deux mois auprĂšs de professeurs vietnamiens natifs professionnels afin dâobtenir leur aval et enseigner la langue professionnellement.
Que le lecteur se rassure, avec du temps, de lâhabitude, de la persĂ©vĂ©rance et sĂ»rement un bon professeur, il est tout Ă fait possible de parler couramment le vietnamien.
Ma dĂ©ontologie et mon Ă©thique de lâenseignement
AprĂšs avoir lu une partie de cet article, certains lecteurs se diront quâil sâagit encore dâun piĂšge commercial, quâil est juste impossible de connaĂźtre et dâenseigner autant de langues Ă©trangĂšres en mĂȘme temps. Eh bien, comme vous, je le pensais aussi avant 2020, mais il faut croire que ma pensĂ©e Ă©tait victime dâune « croyance limitante ». AprĂšs avoir Ă©tudiĂ© 50 langues, en avoir abandonnĂ© la moitiĂ© pour des raisons d’affinitĂ© et de faisabilitĂ©, jâen ai choisi une vingtaine que jâaimerais connaĂźtre Ă haut niveau ; enfin, jâen ai Ă©crĂ©mĂ© encore une dizaine que jâaimerais enseigner par choix purement arbitraire et que je me dois donc de connaĂźtre Ă haut niveau.
Pour chaque langue, je me rends au moins une fois dans le pays en question, recherche des amis natifs Ă travers le monde, Ă©tudie la langue en profondeur dans ses quatre compĂ©tences afin de la « maĂźtriser » comme un natif, lâutilise rĂ©guliĂšrement au cours de ma routine quotidienne, Ă©tudie la culture et lâhistoire locale, lis la littĂ©rature locale en langue cible, pratique beaucoup le shadowing afin de calquer mon accent sur les natifs, mange la nourriture locale, et enfin me forme auprĂšs de professeurs natifs pour obtenir une approbation extĂ©rieure. Il s’agit d’un entraĂźnement intensif et complet qui dĂ©passe simplement la « maĂźtrise de la langue ».
Afin de garantir un enseignement professionnel dâune langue Ă©trangĂšre (nâĂ©tant pas ma langue maternelle), je dois mâimmerger dans cette langue et mâen imprĂ©gner jusquâĂ ce quâelle fasse partie intĂ©grante de moi-mĂȘme. Il ne sâagit pas juste dâenseigner deux trois lettres ou expressions basiques Ă prix fort comme on peut lâobserver en tout lieu tout endroit des rĂ©seaux sociaux. Les diplĂŽmes dâenseignement dĂ©livrĂ©s Ă lâuniversitĂ© en licence ou en master ne constituent par ailleurs en rien la preuve dâĂȘtre un « bon professeur » ; seule la connaissance personnelle de la langue ainsi que lâexpĂ©rience sur le terrain en prĂ©sence dâĂ©lĂšves de tout Ăąge tout horizon comptent rĂ©ellement dans ce domaine. De mon expĂ©rience, les pires professeurs sont ceux diplĂŽmĂ©s dâuniversitĂ©s prestigieuses tandis que les plus douĂ©s sont les professeurs indĂ©pendants ou communautaires qui font perdurer ce mĂ©tier par vocation ou bien passion et ont acquis leur expĂ©rience sur le terrain en rencontrant de vrais apprenants au cours dâun long laps de temps en partant de zĂ©ro.
Pour obtenir une validation externe et non seulement un avis subjectif pouvant conduire par inadvertance Ă un biais cognitif, je me pose ainsi les questions suivantes avant dâenseigner une langue :
1) Puis-je communiquer couramment dans la langue sur de nombreux sujets ?
2) Les natifs vont-ils savoir si je suis Ă©tranger ou non en fermant les yeux et mâĂ©coutant parler leur langue ?
3) Me suis-je déjà rendu dans le pays en question ?
4) Puis-je comprendre un livre en langue cible ?
5) Suis-je capable de comprendre deux natifs parlant ensemble dans la rue ou les informations à la télévision ?
6) Un natif a-t-il reconnu mes capacités en sa langue et ai-je une approbation directe ou indirecte de pairs professionnels pour enseigner ?
7) Puis-je comprendre les paroles d’une chanson Ă©coutĂ©e pour la premiĂšre fois ?
Si trop de ces questions obtiennent objectivement une rĂ©ponse dĂ©favorable, il semble alors appropriĂ© de se remettre en question, se former davantage et dâattendre le moment opportun, au risque de mauvaises surprises lorsque lâon enseigne la langue auprĂšs de ses futurs Ă©lĂšvesâŠ!
Enseigner la culture
Jusquâici nous avons parlĂ© uniquement de la langue en elle-mĂȘme, mais enseigner une langue (surtout de maniĂšre non acadĂ©mique et libre) ce nâest pas uniquement montrer de nouveaux mots et de la grammaire Ă chaque cours. Il sâagit avant tout dâenseigner la culture !
Quelles sont les traditions culinaires ; pourquoi vaut-il mieux Ă©viter de dire « non » en turc et japonais ; quels sont les tabous en Asie de lâEst ; quel est ce sourire radieux qui rayonne sur le visage des natifs de lâAsie du Sud-Est ; comment manger comme une personne locale ; quand utiliser quel registre de langue et envers qui, quelles sont les tendances actuelle dans le pays dont on apprend la langue, etc.
Bien souvent, la premiĂšre chose quâil faut enseigner Ă un apprenant souhaitant apprendre une langue Ă©trangĂšre câest comment « se dĂ©livrer » de sa pensĂ©e locale et unique afin de comprendre lâautre en sa langue locale. Une personne parlant une langue SOV ou VSO ne perçoit pas le monde de la mĂȘme maniĂšre et raisonnera diffĂ©remment de locuteurs de langues SVO.
Faisons une petite analogie aux airs insignifiants mais tout Ă fait digne de sens : regardons comment les villes europĂ©ennes sont construites de maniĂšre trĂšs structurĂ©e Ă lâinstar des langues indo-europĂ©ennes qui ordonnent tout avec des conjugaisons, un sujet Ă©vident et parfois des dĂ©clinaisons. Contrastons cela au dĂ©sordre ordonnĂ© de Jakarta ainsi que de la langue et nourriture indonĂ©sienne : dans la capitale indonĂ©sienne tous les styles sont mĂ©langĂ©s, du bĂątiment colonial au gratte-ciel moderne ou immeuble dĂ©labré ; et lâon retrouve dâĂ©normes mangroves et forĂȘts tropicales en plein cĆur de la ville, des arbres contournĂ©s de routes et la nourriture oĂč tous les ingrĂ©dients sont mĂ©langĂ©s (cf. gado-gado), que lâon peut comparer Ă la langue indonĂ©sienne qui mĂ©lange en son cĆur des mots arabes, austronĂ©siens et indo-europĂ©ens auxquels viennent se greffer de nombreux suffixes et prĂ©fixes.
La culture fait ainsi partie intĂ©grante de la langue et vice versa : câest un tout difficilement dissociable. Si lâon enseigne une langue Ă©trangĂšre, il faut ainsi sây ĂȘtre exposĂ© et baignĂ© suffisamment pour pouvoir en enseigner la culture. Il est par consĂ©quent, dĂ©ontologiquement parlant, impossible dâenseigner une langue pour laquelle on nâa ni ami natif, on nâa jamais vu le pays ou bien travaillĂ© avec des natifs ; ce serait simplement enseigner dans le vide.
Mon expérience de tous les sites de cours de langues en ligne (Italki, Preply, Verbling, Amazingtalker)
N’importe qui peut devenir professeur mais tout le monde ne devient pas un bon professeur : une phrase que jâai pu mettre Ă lâĂ©preuve Ă chaque cours sur les sites proposant des cours de langues en ligne.
Depuis 2010, jâexpĂ©rimente la plupart des sites de professeurs de langues en ligne, car je trouve important dâapprendre avec un bon professeur, natif ou non, afin de sâassurer des progrĂšs en langue cible. Prendre des cours en ligne est par ailleurs moins coĂ»teux que le prĂ©sentiel et personnellement me convient d’avantage car je peux apprendre facilement de chez moi Ă mon propre rythme, quoique le ressenti demeure fort diffĂ©rent et convienne Ă lâun ou lâautre apprenant. Que l’on prenne des cours de langues en ligne ou prĂ©sentiel, il faut absolument compenser par une conversation rĂ©elle avec des natifs ; car rien ne vaut parler avec des natifs dans le bruit local du pays, complĂštement immergĂ© in situ !
Afin dâĂ©tudier 50 langues du monde et de me former professionnellement Ă certaines dâentre elles, jâai la plupart du temps pris des cours sur mon (ancien) site prĂ©fĂ©rĂ© Italki. Italki Ă©tait en effet autrefois un site tout Ă fait probe et noble, jusquâĂ 2020, lorsque les administrateurs ont dĂ©cidĂ© de supprimer la fonction communautaire et dâaugmenter la commission jusquâĂ 30% du prix dâune heure de cours ! Autant dire que travailler sur Italki en tant que professeur indĂ©pendant Ă©quivaut uniquement Ă se faire exploiter par la plateforme ; seuls les Ă©lĂšves pouvant profiter de prix extrĂȘmement avantageux en tirent quelque bĂ©nĂ©fice, encore eĂ»t-on bien choisi son professeurâŠPreply, Verbling, AmazingTalker, etc tous sont basĂ©s sur ce genre de commission outranciĂšre puisĂ©e sur les cours des professeurs, mĂȘme si Italki demeure toujours le seul site Ă proposer des cours Ă la carte un par un sans devoir souscrire obligatoirement Ă un abonnement horrifique.
De 2010 Ă 2026, jâai ainsi pris plus de 600 heures de cours sur ces sites, sachant que, seul 10-15% des professeurs, natifs ou non, sont vraiment qualifiĂ©s pour accomplir ce rĂŽle et 90% sont simplement des amateurs qui devraient se remettre en question avant de faire des dĂ©gĂąts auprĂšs dâapprenants inavertis. Les 10-15% de ces professeurs talentueux, rĂ©ellement qualifiĂ©s et compĂ©tents sont devenus mes amis et collĂšgues car nous partageons la mĂȘme vision de lâenseignement libre et dĂ©sintĂ©ressĂ©. Ces derniers mâont Ă©normĂ©ment aidĂ© Ă atteindre mes objectifs et je suis heureux de les prĂ©senter Ă tout apprenant souhaitant acquĂ©rir une langue que je nâenseigne pas.
Comment devenir un bon professeur
AprĂšs avoir lu lâentiĂšretĂ© de cet article, certains lecteurs pourront ainsi se demander quelle est donc exactement la dĂ©finition du bon professeur si nâimporte qui peut devenir professeur de langues ?
Nous touchons cĂ©ans Ă un sujet extrĂȘmement subjectif. Un bon professeur devrait tout dâabord ĂȘtre un Ă©lĂšve lui-mĂȘme qui apprend une langue Ă©trangĂšre et nâoublie pas son esprit dâapprentissage, soit ce que câest dâĂȘtre un Ă©lĂšve face Ă la difficultĂ© dâune langue ; ce professeur devrait sourire en cours et ĂȘtre de bonne humeur avec les Ă©lĂšves ; trĂšs patient il doit ĂȘtre prĂȘt Ă rĂ©pĂ©ter souvent les mĂȘmes choses à chaque heure de cours ; prenant des pincettes avec chaque Ă©lĂšve, chaque Ă©lĂšve Ă©tant unique et diffĂ©rent il faut sonder le terrain pas Ă pas car certains Ă©lĂšves possĂšdent de profonds traumatismes liĂ©s Ă lâĂ©cole ou un mauvais enseignement naguĂšre ; afin de pouvoir parler avec tout type dâĂ©lĂšve il faut Ă©galement sâintĂ©resser Ă de nombreux sujets et aborder souvent les thĂšmes prĂ©fĂ©rĂ©s des Ă©lĂšves (qui peuvent sortir tout Ă fait de la zone de confort du professeur lui-mĂȘme).
Enfin, si lâon parle de la compĂ©tence linguistique mĂȘme, il me semble falloir avoir appris une langue non-native pendant au moins cinq ans de maniĂšre intensive, temps requis au cerveau pour sâen bien imprĂ©gner et possĂ©der une connaissance plus globale de lâidiome ; il faut Ă©galement se tenir au courant des derniĂšres nouveautĂ©s en matiĂšre dâĂ©ducation et peut-ĂȘtre les appliquer en cours, tout en permettant aux Ă©lĂšves de pratiquer les quatre compĂ©tences (oral, Ă©crit, lecture et Ă©coute), leur Ă©vitant ainsi toute lacune.
Un professeur natif (ou non) qui utilise un cahier de grammaire et base tout son cours sur la pratique progressive de point de grammaire ou bien prĂ©sente un cours identique et formatĂ© pour chaque Ă©lĂšve se fatigue pour rien, car ce type dâenseignement nâa aucun effet et Ă©lĂšves et professeurs vont sâennuyer bien vite tout le long du cours. Il ne faut jamais oublier que chaque Ă©lĂšve est unique, apprend diffĂ©remment, Ă son propre rythme et possĂšde sa propre expĂ©rience de la vie.
En soi, si lâon observe le monde de maniĂšre objective, tout le monde peut devenir professeur de langues, native ou non ! La dĂ©ontologie nâest quâune affaire dâĂ©thique subjective, un principe qui tend Ă se perdre de nos jours, et partout les professeurs non qualifiĂ©s champignonnent dĂ©jĂ depuis longtempsâŠ
Tout dĂ©pend de savoir ici quel genre de professeur lâon souhaite rĂ©ellement devenir et quelle considĂ©ration lâon porte envers ses Ă©lĂšvesâŠ!
Festina lente ! đđą